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UNE MISSION A YASO

"Nous les accueillons comme dans une famille. Le but, c’est de vivre en famille". Récit d'une mission ...

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Le Père Auguste Tenaud (prêtre MEP) est en Thaïlande depuis 36 ans. Il vit depuis 6 ans à Yasothon, chef-lieu de 20.000 habitants dans le Nord-Est de la Thaïlande, au coeur de l'Isaan.

Auguste Tenaud : « A Yasothon, nous avons deux centres. Un jardin d’enfants, qui s’appelle Marie-Pitak, et le centre « home hak ». Ce centre est un centre d’aide aux enfants en crise, ou malade du sida, ou drogués. Il y a 6 ans, lorsque je suis venu à Yaso, j’ai rencontré par hasard ce centre qui commençait à naître. A l’époque, ce centre comportait une quinzaine de jeunes sidéens et drogués qui construisaient eux-mêmes leurs baraquements. »

Alexis Mouriaux : « Aujourd’hui, que faites-vous dans le centre ? »

A.T : Notre but premier, c’est d’accueillir, mais pas nécessairement dans notre centre :
Dans la région, les malades restent dans les villages. On va à leur rencontre et on essaye de montrer qu’ils ont encore une place dans ce village. On préfère que les malades restent avec leur famille, et non pas au centre. Régulièrement, on va dans les villages, et on rend visite à ces familles. Beaucoup de parents sont morts, surtout les hommes, les pères. Ils se laissent aller, ils meurent beaucoup plus vite que les mères qui combattent beaucoup plus.
Nous aidons les enfants et les jeunes femmes, car elles doivent faire également attention à leur santé. Ici, il n’y a pas de sécurité sociale, ni d’allocation familiale. Notre rôle, c’est de les aider, en leur donnant une vie plus « facile ». Parfois, pour des raisons médicales, on est obligé de séparer la mère des enfants, car certaines maladies sont contagieuses et ils ne peuvent plus dormir ensemble.
Au centre, nous accueillons des enfants qui ont vécu la prostitution infantile, qui ont vécu le travail des enfants, ou qui ont perdu leurs parents; nous accueillons des enfants, dont les parents avaient le sida, et qui sont eux-mêmes atteints. Ils sont alors pris en charge, à demeure. Nous avons actuellement 30 personnes au centre.

A.M : Quelles sont vos principales activités ?

A.T : Nous aidons les jeunes qui ont été obligé de quitter leur famille, nous les aidons à poursuivre leurs études. Nous organisons une journée « home hak » par mois. Nous proposons des visites médicales avec un médecin, des bains de vapeur avec des plantes médicinales, des massages, et des réunions de discussion, où nous expliquons aux jeunes qu’ils ont des droits.

A.M : Est-ce qu’une aide spirituelle est apportée aux résidants de « Home hak »?

A.T. : Il faut savoir que 99 % des gens du centre sont bouddhistes. Seuls la directrice, une adjointe et moi-même sommes catholiques. Je vais vous raconter une histoire : lorsque nous organisons une session « home hak », nous accueillons les enfants, les parents, les malades, les grands-parents, des infirmières, et des officiels. Lors d’une des premières sessions, une infirmière m’appelle : vous êtes le seul étranger ? Qu’est-ce que vous faites ici ? J’ai lui ai dit que j’étais prêtre. Elle m’a répondu : « vous êtes donc prêtre de la religion de l’Amour ? ».

A.M. : Comment le sida est-il perçu ici ?

A.T : La plus grande maladie ici, c’est la maladie de la peur. Et le sida leur fait peur. Le sidéen est mis de côté, il est presque considéré comme un pestiféré. Je m’efforce à apprendre aux familles à toucher les malades, parce qu’ils n’osent pas.

A.M. : Comment les malades vivent-ils cette maladie ?

A.T : Je suis en admiration devant la lutte des femmes, c’est extraordinaire. Elles continuent à travailler, simplement parce qu’il y a les enfants, et pour leurs enfants, elles se donnent entièrement. Ce sont des femmes magnifiques, je suis en admiration, je me sens petit devant elles.
La majorité ont 5, 7 ans de maladie, elles n’ont pas la tri-thérapie. Cette volonté de rester avec les enfants leur donne un tonus extraordinaire.

A.M : Et les enfants ?

A.T : Ce qui est assez extraordinaire, c’est le changement. Quand on les voit dans les villages, ils sont mis à l’écart. Ce sont des enfants tristes, qui n’osent pas parler, et qui, presque, se cachent. Lorsqu‘on les amène au centre, c’est la résurrection. Ils sont tout autre. Les enfants sont heureux.
Je pense à Lida, une petite fille de 9 ans. Elle s’accrochait aux habits de sa mère ; après 3 jours au centre, c’était une gamine qui savait rire, elle était pleine de vie.
Je pense aussi à une jeune fille malade, que nous somme allés chercher vendredi dernier. Sa mère est morte, son père est mort. Elle vivait avec son oncle, et il voulait s’en débarrasser. Il l’a amené au centre le lendemain. Elle a perdu beaucoup de poids, elle a des boutons sur les jambes et sur le corps. Elle est malade, cela se voyait à son visage. Au début, elle ne parlait pas, elle avait peur de nous. Maintenant, elle sourit, elle mange. Elle ne savait pas ce que c’était que le riz blanc, elle ne connaissait que le riz gluant, elle l’a découvert. Elle a réellement subi une transformation physique.
A Yaso, nous les considérons tous au même niveau, qu’ils soient séropositifs ou négatifs. Nous les accueillons comme dans une famille. Le but, c’est de vivre en famille.

A.M : Quel est votre rapport personnel avec ces enfants ?

A.T : Je suis le grand-père de la famille. Il y a les grandes-sœurs, et les grands frères.
Les enfants sont en attente de gestes d’amour. Ils demandent qu’on les touche, comme on le ferait avec n’importe quel autre enfant. Le contact charnel est essentiel, pour redonner vie aux enfants.

A.M : Quelles sont les aides que vous recevez ?

A.T : Nous recevons des médicaments de l’extérieur, également de la communauté francophone de Bangkok. Des jeunes volontaires viennent nous aider. Nous avons aussi une équipe de volontaires Thaï qui travaille avec nous en semaine. Ils font un travail remarquable. On les envoie à l’extérieur pour suivre des formations. Ils travaillent à « Home Tak », dans les villages pour informer les gens sur le sida, et leur expliquer comment se protéger du sida, ils vont voir les drogués, les professeurs dans les écoles, les maires, les responsables de formation et d’information.

A.M : Et quels sont vos besoins actuels ?

A.T : Nous avons besoin d’infirmiers ou d’infirmières, à demeure au centre, ainsi que d’un médecin. Nous recevons des médicaments, mais nous ne savons pas toujours bien les utiliser. Au niveau financier, nous avons également besoin d’aide.
Nous avons aussi besoin de volontaires, qui s’engagent pour au moins un an. Il faudrait qu’ils apprennent le thaï pendant 2 mois, pour pouvoir parler avec les résidents.

A.M : En Thaïlande, les besoins sont immenses dans le domaine dans lequel vous travaillez.

A.T : Oui , devant ce défi, on se sent très démuni. Nous prions Dieu car c’est lui qui agit.